APRÈS, ON VA OÙ? - Michel Rivard
Dans Le blues de la métropole : « Même Jésus-Christ a embarqué mon ancienne blonde dans son troupeau »; et dans Je voudrais voir la mer : « Je voudrais voir la mer et danser avec elle pour défier la mort ».
Après, on va où?
Ici, de manière toute respectueuse, toute douce et honnête, Michel Rivard
nous fait part de ses incertitudes et de ses questionnements.
Après, on va où?
On y va comment?
Qu'est-ce qu'on
rapporte avec nous?
Qu’est-ce qu’on laisse
aux vivants?
Cette pièce,
toute simple, Après, on va où? donne
le ton à tout le disque. C’est d’ailleurs le titre que l’auteur lui a donné. Le
questionnement sur l’après-vie, sur la Vie après la vie. Le où? Le comment? Le quoi?
À l’ombre dans le
désert
À l’ombre dans le désert, laisse entrevoir la quête viscérale
de l’oasis, pourrions-nous dire la quête de l’Éden perdu.
on cherche tous un sens
unique
un feu qui vire au vert
un oasis[1]
ou respirer
à l’ombre dans le
désert
Le psalmiste
biblique, il y a quelques millénaires, a parlé du repos au milieu du désert
: « Il fendit des rochers dans le
désert, Et il donna à boire comme des flots abondants. » (Ps 78.15) Ce repos,
cette vie, auxquels aspirent nos âmes, c’est Dieu qui les donne.
La fabrication des fleurs sauvages
J’aime bien La
fabrication des fleurs sauvages. Mon père Roger a été, toute sa vie
durant, fleuriste – principalement à Montréal, dans les boutiques de
détaillants (Jules d'Alcantara, Valois) et aussi chez un grossiste (Hurtubise).
Combien souvent, il nous amenait, moi et ma famille, au Jardin Botanique de
Montréal où il avait également travaillé au cours des années70. D’autre part, de mon côté, il semble qu'un
goût préférentiel pour la nature sauvage s'est graduellement implanté en moi.
Une fleur qui pousse dans les fissures d’une roche etc... C'est pourquoi ce
chant de Michel Rivard me rejoint profondément.
Pour fabriquer une
fleur sauvage
ça prend des siècles de
patience, des millions de saisons
des troupeaux de nuages,
des escadrons d’abeilles
des étoiles infinies, aux
confins de l’azur
des volcans des
crevasses, des rivières de tendresse
des océans fâchés
[…]
pour fabriquer une
fleur sauvage
ça prend de l’amour en
liberté
dans le fracas de
l’univers
Nous pouvons
observer ici, l’habile juxtaposition des opposés : les innombrables
quantités d’éléments nécessaires en vue de la création d’une « fleur
sauvage », « l’amour en liberté » et le « fracas de
l’univers ». La réunion de ces opposés exige une sagesse gouvernante et
artistique, une sagesse divine qui, à mon sens, se discerne en filigrane dans
ce texte.
Tu ouvres ta main,
Et tu rassasies à souhait tout
ce qui a vie.
17 L’Éternel est juste dans toutes ses voies,
Et miséricordieux dans toutes
ses œuvres. (Ps 145.16,17)
À la ligne
antépénultième de cette pièce, on retrouve ce que l’on pourrait voir comme une
allusion biblique :
« pour fabriquer
une fleur sauvage
ça prend le temps que
l’temps nous donne
mais le temps n’attend
personne
ne soyons
pas trop sages,
fabriquons-nous une
fleur
sauvage »
Cette
mention de l’excès de sagesse, me semble être une référence au livre de l’Ecclésiaste :
« Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage » (Ec 7.16)
Être
« trop sages », dans le contexte biblique, consiste à s’attacher au
formalisme, au légalisme, à l’ascétisme et à un excès de pureté morale teinté
d’orgueil. Dans le texte de Rivard, cela semble faire référence à un
perfectionnisme excessif tuant la spontanéité naturelle qui produirait cette
« fleur sauvage ».
D’une part,
nous voyons, dans ce texte, la beauté
artistique du long processus que la nature prend pour concocter cette fleur,
d’autre part, on y valorise la simplicité et le caractère sauvage de cette
fleur.
Magnolia Magnolia
Dans ce
morceau, l’auteur parle de la brièveté de la vie :
« moi j’ne tiens
qu’à un fil
magnolia magnolia »
Le fil de la
vie, le « cordon d’argent » (Ec 12.6), fait allusion à cette
fragilité et brièveté de la vie. Comme le chantait Luc de Larochelière : «
la vie… est si fragile ».
Parlant de
la fin de la vie, et de l’au-delà, il se demande, dans son refrain :
serai-je un oiseau / ou
un arbre comme toi? / magnolia / ou un rien pantoute
/ flottant dans
l’au-delà?
C’est, selon
l’auteur, la possibilité soit de la réincarnation (hindouisme, nouvel âge),
soit de la non-existence et de l’annihilationisme (nihilisme, athéisme).
« dans ma soutane blanche », « j’ai déjà cru en dieu ». Puis, le constat de la défection actuelle des églises : « aujourd’hui les églises / sont à vendre / peux-tu croire / que j’me cherche un mystère / magnolia magnolia .
En fait, ce
qui se dégage de ces paroles, ce n’est pas l’agnosticisme, car alors, ce serait
l’affirmation qu’il est impossible de connaître la vérité sur l’au-delà, mais
plutôt une interrogation, comme nous l’avons dit d’entrée de jeu.
CONCLUSION
Ce qui rend
ces textes plus accessibles à un croyant chrétien, plus conviviaux, c’est que
tout est dit sous la forme d’un questionnement et non sous la forme brutale
d’une négation de l’au-delà (« Le dernier show », Les cowboys
fringants) ou d’une simple affirmation de l’inexistence de la vie post-mortem
(« Une chance qu’on s’a », Jean-Pierre Ferland) ou encore d’une
suggestion de cette inexistence (« Imagine », John Lennon).
Il est
normal de se poser des questions. La vie est truffée d’énigmes. Face à notre
insatisfaction avec cette vie-ci, l’auteur et apologète C.S. Lewis l’a
expliquée ainsi :
Si je trouve en moi un désir
qu’aucune expérience
dans ce monde ne peut satisfaire,
l’explication la plus probable est
que
j’ai été fait pour un autre monde[2].
Michel
Rivard est actuellement en tournée pour présenter son nouveau joyau, Après, on va où? Peut-être vous
posez-vous des questions semblables, et c’est tout à fait normal. Sachez que
Jésus, il y a plus de 2000 ans a déclaré : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra
quand même il serait mort. » (Jean 11.25). Voilà la bonne nouvelle de
l’Évangile. En découvrant le message de cette bonne nouvelle, vous découvrez la
réponse à cette question :
« Après, on va
où? »
André Pinard


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